Partir pour mieux revenir… en soi!

Un beau moment vécu cette semaine avec une femme en Maison d’aide et d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale : son départ dans son nouvel appartement! Un nouveau départ! De nouveaux horizons! Pourtant, elle part avec une certaine fragilité, des cicatrices guéries ou non. Elle a choisi, cependant, de le faire. Comme une rivière, elle coule dans les creux et les aléas de la vie, de sa vie. Notre rencontre m’a émue. Je l’ai trouvé très poétique. Elle m’a rappelé ce texte de Olivier Clerc, un écrivain franco-suisse, traducteur, auteur et conférencier sur le développement personnel.

Noémie Huet Gagnon

« Même lorsqu’elle recule, la rivière avance : trajectoire changeante et pente constante! Si l’on regarde le tracé d’une rivière sur une carte, entre sa source et le fleuve où elle se jette, on la voit tantôt avancer droit, tantôt zigzaguer, parfois même repartir momentanément en sens contraire. Celui qui naviguerait sur ses eaux pourrait avoir le sentiment d’hésitation et de contradiction permanentes dans son parcours. Il arrive même à ses flots de stagner longuement, quand ils se jettent dans un marais ou un lac qu’ils remplissent, avant de reprendre leur cours de l’autre côté. Pourtant, si l’on étudie une coupe latérale du terrain où s’écoule cette rivière, on constate qu’elle ne cesse jamais un instant de progresser le long de la pente qui la conduit inexorablement jusqu’au fleuve. Même ses revirements, même ses zigzags vers son embouchure, compte tenu des obstacles présents sur sa route. A-t-on jamais vu le moindre cours d’eau remonter une pente…? »

          Cette étape dans la vie de cette femme n’est pas moindre. Pour elle, c’est plongé dans l’inconnu! Se lancer dans le vide! C’est faire un saut en bungee! Littéralement! À chaque pas qu’elle fait, elle passe par une panoplie d’actions/réactions et d’émotions : elle doute, elle recule, elle réfléchi, elle s’assoit, elle se relève, elle respire difficilement, elle tourne en rond et décide d’avancer, épuisée par la spirale dans laquelle elle se trouve. Ce processus fait parti des démarches que les femmes ont à faire lorsque elles doivent se sortir d’une situation de violence conjugale, entre autres. Elles sont soutenues par les intervenantes de la maison d’hébergement et elles doivent prendre différentes responsabilités en choisissant une nouvelle vie. À chaque événement dans notre vie, ce processus est à faire. Les étapes peuvent être mélangées et de durées différentes, mais lorsque arrive le temps de choisir un nouveau chemin, les pas qui suivent sont les plus exigeants!

          Lorsque une femme désire se sortir d’une situation de violence conjugale, ses pas sont lourds, cimentés, mais elle tient la main de quelques personnes-ressources. Certaines à ses côtés la soutiennent et l’accompagnent dans sa volonté de le faire, d’autres la regardent d’un peu plus loin en lui disant d’avancer, sourires aux lèvres! Puis, plus les jours passent, plus la femme mobilise ses forces, depuis longtemps en elle, mais qui étaient cachées dans un tiroir, parfois fermé à clé. Elle se permet de créer un nouvel environnement et de se l’approprier. C’est comme si elle était en train de créer son nid pour « accoucher d’elle-même ». Cette expression m’a énormément parlé lorsque mon maître de yoga l’a dite en classe. Naître à soi-même! Quelle signification! Quel courage! Quel événement! Quel inconnu, en même temps! …

 

          Ensemble, nous avons exploré les avenues des postures arrières (ouverture à soi et à la vie) et les flexions avant (retour à soi, prise de conscience de notre parcours, humilité). J’ai choisi de lui faire pratiquer ses asanas (postures) car je voulais qu’elle continue le processus d’ouverture à elle-même dans lequel elle était, tout en prenant conscience de son parcours jusqu’à maintenant. Pour moi, cet accompagnement thérapeutique m’a rapproché de l’existence humaine, beaucoup! Cette session de yoga privée a permis, selon la femme, de s’accrocher à ce qu’il y a de plus intime en elle. Avec sa permission, symboliquement, elle m’a permis d’entrer dans cette bulle et de la guider au meilleur de mes connaissances et de mes outils. Pour moi, ça représente toujours un moment privilégié et significatif, empreint de confiance et remplie d’une grande humanité!

Namasté à cette femme!

1 CLERC, Olivier. Même lorsqu’elle recule, la rivière avance, 9 histoires à vivre debout, Texte intégral, Les petits collectors Marabout, Éditions Jean-Claude Lattès, 2010, p. 127.

*Crédits des photos dans lesquelles on voit Noémie Huet Gagnon : Dany Chartrand et Sophie Clerc.

 

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Noemie Huet Gagnon

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