Buster Keaton et… Santosha

Buster Keaton et… santosha. Y a-t-il un parallèle à faire entre ce niyama (code de conduite personnelle) des Yoga Sutras de Patanjali et cet acteur américain du début du XXe siècle ? Il m’apparaît que oui. Le voici !


Qui est Buster Keaton ?


Dernièrement, j’ai découvert l’univers très particulier et unique du réalisateur, scénariste, producteur et comédien américain Buster Keaton. Surnommé « l’homme qui ne rit jamais », il me fait pourtant rire avec ses jeux de cascades improbables, son imagination débordante pour des scénarios surprenants et son ingéniosité comme créateur d’effets spéciaux pour le cinéma muet. Nés de parents acteurs de cabaret en 1895, il apprend vite les rouages du métiers et à l’âge de 5 ans, il monte sur les planches avec ses parents pour faire rire les foules. Il explore alors le cabaret pendant quelques années, mais se tourne rapidement vers le cinéma. Il réalise et produit de façon indépendante de nombreux films et connaît alors une faste carrière dans les années 20. À l’arrivée du cinéma parlant, il est engagé par de grandes compagnies cinématographiques d’Hollywood (MGM studio entre autres) qui attendent de lui les mêmes exploits qu’au cinéma muet, sans tenir compte de ces avis artistiques sur les films. C’est ainsi le début de la fin : on lui coupe, d’une certaine façon, les ailes de sa créativité et il n’arrive pas à se retrouver dans ce style qui lui est imposé. En quelques années, Hollywood le transforme en un réalisateur obsolète. Sa vie privée est aussi complexe. Je vous laisse toutefois lire davantage sur lui ici.
Buster Keaton


Et le lien avec Santosha ?


Quand je regarde les films de Keaton, j’y vois également le concept éthique Santosha, un des niyamas (code de conduite personnelle) énuméré par Patanjali dans les Yoga Sutras1, premier codificateur du yoga. Qu’est-ce que Santosha ? Il s’agit du contentement, de la satisfaction intérieure, indépendamment de ce qui se passe à l’extérieur de nous. On dit également que ce concept est représenté de façon symbolique par l’épée de Ram qui tranche l’illusion (Maya).2 Si nous nous trouvons dans un état de contentement, nous acceptons tout : la réalité, comme l’illusion. Une certaine vacuité s’installe. Pour moi, le contentement signifie reconnaître les choses, les événements, les situations telles qu’elles sont sans les projeter dans le future ou le passé. Il ne s’agit pas seulement du contentement matériel, physique, mais également mental. Il ne s’agit pas ici non plus d’une contentement passif, mais bien actif. Cela m’amène à mieux gérer mes émotions dans les situations, qu’elles soient difficiles ou agréables. Ce n’est pas un concept facile à appliquer et à comprendre, mais il m’aide à mieux naviguer, m’orienter dans la vie. Encore, l’ai-je bien compris et est-ce que je l’applique à sa juste valeur ? Je n’en suis pas encore certaine, mais je tente de le faire.

Dans les films de Buster Keaton, c’est, à quelque part, cet état de contentement que l’on retrouve, illustré à travers ses différents personnages et situations. Malgré tous les défis auxquels il doit faire face et qu’il n’a pas choisi, l’acteur est toujours en mode solution, illustré de manière absurde et drôle. Il se contente de vivre les situations telles qu’elles sont, peu importe leurs difficultés. Les cascades, les effets spéciaux (innovateurs pour l’époque!), les revirements de situation, le travail avec les objets et les jeux de caméra, tout est en place pour illustrer cette façon d’agir. Son jeu d’acteur reconnu comme étant celui qui ne sourit jamais contribue-t-il à cet « effet » de contentement ? Probablement… Mais ce n’est pas seulement cela. Les autres personnages dans les films aident également à mettre de l’avant cet état de contentement. Remarquez comment ils réagissent rapidement de façon émotive aux situations, contrairement à Buster.

Pour éclairer et mieux comprendre mon propos, je vous invite à visionner les films de ce grand acteur. Je me permets aussi de décrire la dernière scène (ben oui, je vous dévoile le « punch »!) du film La maison démontable qui illustre bien, à mon avis, santosha. Étant nouvellement marié, Keaton doit construire sa maison. Après de multiples tentatives et péripéties, la maison se voit engloutir par un train. Buster pose alors une pancarte à vendre sur la maison, prend la main de sa douce et le couple s’éloigne en nous tournant le dos. Le film se conclue de cette façon. C’est ce qui est beau et qui me rappelle la notion de contentement : après avoir perdu sa maison, il trouvera bien autre chose, c’est tout, peu importe comment et quoi. Il se satisfait de la situation. Du moins, c’est mon interprétation !

Je vous laisse constater par vous-mêmes cet état de contentement en regardant ce film. Bon visionnement !

1- Pour lire sur les Sutras de Patanjali, je vous invite à lire ce livre de Swami Satyananda Saraswati, Four Chapters on Freedom, Commentary on the Yoga Sutras of Sage Patanjali, Yoga Publications Trust, Munger, Bihar, 1976 (imprimé à plusieurs reprises dont en 2013), 396 pages.

2- Lire le Ramayana pour connaître l’histoire de ce personnage mythique de l’Inde. Définition provenant de Sanskrit Glossary of Yogic Terms, Bihar, India, 2009, p. 159

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Julie Jignasa

Julie Jignasa

Julie Legault ou Jignasa est passionnée de yoga et est diplômée de L’École de Hatha yoga Satyam. Elle pratique le yoga depuis plus de 15 ans. Elle a séjourné dans des ashrams Satyananda en Australie, Nouvelle-Zélande et en Inde. C’est à ces endroits qu’elle fut initiée au style de vie « yogique » et qu’elle y a entre autres découvert le Kirtan, chant de dévotion, qu’elle pratique régulièrement. Elle enseigne le yoga chez Soham Yoga et en privé. Julie a aussi été agente de développement culturel à la Ville de Montréal pour le réseau Accès culture pendant 9 ans. Elle a fait des études universitaires en histoire de l’art, communication et muséologie. Tout comme le yoga, l’art est pour elle une façon de se connecter à soi, à sa nature profonde, de même qu’aux autres.
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  1. Gwen

    Très intéressant !
    Cela me rappelle la fameuse citation de Carl Jung :
    « Tout ce à quoi l’on résiste persiste et tout ce que l’on embrasse s’efface » (ou tout ce qu’on accueille s’effeuille).

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