Revenir au souffle pour prévenir les blessures en yoga – entrevue avec Simon Bélair, acupuncteur

Simon BélairNous avions déjà fait une entrevue avec Simon Bélair à propos de la médecine traditionnelle chinoise. Cette fois-ci, nous souhaitions avoir son avis de thérapeute sur les blessures les plus courantes dues à une pratique maladroite du yoga afin de mieux les prévenir

Peux-tu nous rappeler brièvement ta pratique thérapeutique ?

Je pratique l’acupuncture depuis près de 15 ans. En parallèle, j’étudie et je pratique d’autres branches de la Médecine Traditionnelle Chinoise telles que le Tuina qui est une thérapie manuelle et le Qi Gong qui, d’une certaine manière, est l’équivalent chinois du yoga puisqu’il comporte des exercices physiques combinés à la respiration.

As-tu beaucoup de patients qui viennent suite à une blessure de yoga ?

Oui de plus en plus depuis quelques années. La courbe des blessures suivant celle de popularité du yoga.

Quels sont les blessures les plus courantes que tu rencontres dues à un cours de yoga ?

Douleurs au poignets ou a la nuque suite a certains exercices specifiques (le chien et la chandelle par exemple).  Ce sont souvent des gens qui font réapparaître de vieilles blessures ou qui aggravent des douleurs dûes a de l’arthrose par exemple.

Il existe aussi un autre type de blessures qui est associé à une mauvaise pratique du Yoga et à un manque de focus du participant à mon avis. Parfois, le gens oublient de suivre leur respiration en faisant leur routine et tombent dans le « panneau de la performance ». Ils s’exposent ainsi à des étirements ou des spasmes de muscles posturaux parfois profond en voulant pousser trop loin.

Ces patients, sont-ils plus souvent des débutants ou des pratiquants chevronnés ?

Je dirais les deux. Encore une fois je pense que si la personne part de l’écoute de sa respiration et la suit, il est très difficile de se blesser. Du moment que l’on perd cela de vue, on risque de pousser trop loin une posture et de se blesser. On pourrait dire que notre respiration est notre meilleure professeure et devrait guider l’ensemble de la pratique.

Il arrive parfois que je recommande à des professeurs expérimentés de refaire une classe de débutant en focusant uniquement sur leur respiration afin de revenir à la base de leur pratique et de leur santé, dans le plaisir.

Même si c’est difficile à évaluer, selon toi, la cause prend davantage sa source dans l’enseignement du yoga ou bien dans l’attitude du pratiquant ?

C’est certain qu’il y a une part des deux mais au final, le role d’un professeur est entre autres de veiller à la sécurité de ses élèves. En Qi Gong, du moins, c’est primordial. Il faut un bon encadrement et une bonne philosophie.

Es-tu confronté à des problématiques similaires en tant qu’enseignant du Qi Gong ?

Oui. Il faut constamment rappeler aux gens que la base de la pratique du Qi Gong c’est la respiration. Les mouvement partent de là, du souffle. S’il n’y pas de respiration, l’énergie ne circule pas et on ne fait tout simplement pas de Qi Gong (traduit énergie-travail). En yoga, vous avez le « Prana », qui est l’équivalent je crois.

L0019548 Japanese watercolour, acupuncture Credit: Wellcome Library, London. Wellcome Images images@wellcome.ac.uk http://wellcomeimages.org A man placing an acupuncture needle in the leg of a patient Watercolour Published: - Copyrighted work available under Creative Commons Attribution only licence CC BY 4.0 http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/

Japanese watercolour, acupuncture – Credit: Wellcome Library, London. Wellcome Images

Comment peux-tu les soulager grâce à l’acupuncture ?

Avec l’acupuncture spécifiquement on peut traiter l’inflammation installée dans un muscle, un tendon ou une articulation. On peut aussi décontracter les muscles et aider à son irrigation en sang ce qui aidera à la guérison.

Autrement, avec les techniques manuelles du tuina, on peut faire des techniques visant à réaligner ou a dégager des articulations compressées. On peut également aider a détendre et régulariser le diaphragme ce qui permet de relaxer des tension posturales profondes.

Que penses-tu du yoga chaud ?

Bonne question 😉 Je ne suis pas un spécialiste mais du point de vue de la médecine chinoise traditionnelle (MTC) ca soulève quelques questions.

Je comprends l’essence de cette pratique qui vise à offrir un contexte de détente optimale des muscles par la chaleur et à reproduire certaines conditions du climat de certaines régions de l’Inde d’où provient originalement le yoga. Par contre, ici au Québec le climat est très différent. Les gens qui sortent d’une heure de grandes transpirations et qui s’exposent ensuite au contraste du froid de l’hiver contribuent à raidir leur corps et à favoriser les blessures.

En parallèle, je me questionne sur la quantité de sueur perdue par les gens lors de cette pratique. Suer abondamment de manière prolongée n’est pas particulièrement bien vu en MTC. On dit que cela lèse les liquides organique et que le Yang épuise les réserves Yin.  Il faut donc au minimum s’assurer de bien se ré-hydrater et de refermer les pores de la peau avant de sortir dehors.

 

Site officiel de Simon Bélair : http://simonbelair.ca/

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Gwen

Gwen

Gwen a suivi son premier cours de yoga en 2006 à Montréal. Touchée profondément, cette discipline ne l'a plus quittée. Elle a suivi une formation de professeur auprès de Lyne St-Roch et de nombreux ateliers et cours de yoga avec Marie-Pierre Germain et de méditation avec Pascal Auclair. Son amour pour la pratique du yoga et aussi les questions philosophiques et spirituelles sont pour elle essentielles, et elle a pu constater combien ils apportent des outils précieux pour mieux être et vivre ensemble. « Déroule ton tapis » y puise sa raison d'être.
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