Découvrir les racines du yoga, tout en s’enracinant

Parc du Bic - Photo : Julie Legault

Parc du Bic – Photo : Julie Legault

Pour les vacances estivales, j’ai l’habitude de quitter le pays pour me plonger dans un contexte qui m’est inconnu. Cet été, j’ai plutôt décidé de rester au Québec, puisqu’après tout, il y a de merveilleux endroits ici aussi qui me sont inconnus. J’avais également envie d’être en contact avec la nature et l’eau. Je me suis alors rappelé qu’une personne m’avait parlé du « wwoofing (World Wide Opportunities on Organic Farms) » alors que j’étais en Nouvelle-Zélande en 2013. Il s’agit en fait d’une autre façon de voyager. Cela consiste à offrir entre 5 à 6 heures par jour de son temps (façon de faire du karma yoga!1) pour aider des maraîchers biologiques ou parfois même des auberges en échange de nourriture et d’un pied à terre. C’est surtout un réseau qui permet la rencontre entre des gens qui ont à coeur l’environnement en travaillant la terre à l’ancienne, c’est-à-dire sans machine, sans pesticide tout en visant un mode de vie autosuffisant le plus possible. L’idée a émergée en 1971 au Royaume-Uni et elle s’est réalisée en 2013 de façon internationale avec cette organisation (Wwoofing) de laquelle est né un site internet regroupant les fermes et jardins du genre à travers le monde. Je me suis alors dit, tiens, essayons cela, ici, chez moi cette année !

Je me suis donc retrouvée au Bic (proche de la mer, en prime!!!) chez ces deux organisations : le Jardin de Julie, producteur de semences et de savons artisanaux et les Serres du Phénix, producteur de paniers de fruits et légumes biologiques (n’est pas sur wwoofing par contre). En plus de travailler pour et avec ces gens, j’ai partagé leur quotidien. Ayant pratiqué le couchsurfing dans mes voyages précédents, j’étais donc habituée à cette façon de voyager qui me permet de surmonter ma timidité et surtout, de faire la rencontre de gens allumés, animés et passionnés qui m’introduisent à leur coin de pays.

 

Jardinage et yoga… vraiment ?

 

En travaillant dans le jardin et les serres, j’ai réalisé des liens entre cette expérience et le yoga, d’où l’intérêt d’écrire cet article pour Déroule ton tapis. Le yoga existe depuis des milliers d’années et les postures sont inspirées par les gestes quotidiens et les éléments de la nature. Ici rien de nouveau, mais j’en ai réellement pris conscience lors de cette expérience, même si je pratique le jardinage chez moi l’été. Or, étant en ville, mon jardin est somme toute minuscule comparativement aux jardins et aux serres dans lesquels j’ai effectué diverses tâches. D’où cette prise de conscience. Elle ne fut par contre pas seulement posturale, comme vous pourrez le constater.

Les Serres du Phénix - Photo: Julie Legault

Les Serres du Phénix – Photo: Julie Legault

Le jardin de Julie - Photo provenant de la page Facebook Le Jardin de Julie

Le jardin de Julie – Photo provenant de la page Facebook Le Jardin de Julie

 

Postures et conscience, conscience et postures

 

Parmi mes tâches, je devais entre autres désherber des planches de plantations. À première vue, j’ai un peu paniqué, surtout aux Serres du Phénix, car les planches sont somme toute assez grandes (du moins pour moi!), pas très larges et avec beaucoup de mauvaises herbes. On n’y voyait pratiquement plus les légumes plantés. Je me suis toutefois mise à la tâche en portant mon attention d’herbes en herbes, ce qui est une excellente pratique de Dhāraṇā (concentration, mono tâche), étant ici un premier constat et rappel également pour moi. J’avais déjà fait ce genre de travail dans des ashrams de yoga auparavant (lire cet article) et cela me faisait un grand bien de retrouver cette pratique. J’apprécie jardiner car cela m’aide à orienter mes pensées sur mes actions, en plus de m’enraciner. Ensuite, j’ai réalisé que je faisais bon nombre de postures de yoga dans cette tâche. En fait, c’était un bon défi puisque je devais trouver maintes postures pour ne pas abimer les légumes entre les planches dont l’espace n’est pas très large, tout en me sentant confortable, dans, parfois, l’inconfort (Sthira Sukham Asanam Sutra 2:46 La posture doit être faite avec aisance, stabilité et confort). Au total, j’ai réalisé près d’une dizaine de postures de pour accomplir le désherbage. Par exemple, pour enlever les mauvaises herbes les plus grandes, j’ai utilisé padangusthasana en pensant à bien creuser le bas du dos, pousser les fessiers vers le haut tout en pliant les genoux pour déposer mon ventre sur mes cuisses et parfois parshvauttanasana. Ensuite, pour enlever les mauvaises herbes sous les légumes, j’ai pratiqué malasana, vajrasana, et la vache (dans la posture du chat + vache). J’ai aussi pensé à faire quelques torsions/rotations sur les genoux lorsque je déposais les mauvaises herbes dans mon sot pour veiller à travailler des deux côtés et donner de la souplesse à mes vertèbres thoraciques. J’ai alors compris que cette conscience de la posture bien réalisée avec les capacités de mon corps m’étaient nécessaires, sans quoi, j’aurais sûrement eu mal au dos, effectuant les mêmes gestes durant des heures. Travailler avec le dos rond augmente inévitablement les risques de blessures et de maux de dos, c’est connu. Néanmoins, combien d’entre nous continuons à se pencher pour soulever des objets en arrondissant le dos au lieu de s’accroupir, se tenir le dos droit avec un creux lombaire et se lever ? En pratiquant ces postures avec conscience, j’ai constaté que mon énergie étant constante tout au long de la journée. J’admets tout de même avoir ressenti des courbatures au réveil le lendemain… Mais je sais que cette conscience posturale m’a sûrement aidée à être moins courbaturée, tout en améliorant les flexions avant2. Cette expérience m’a rappelé que ces asanas ont traversé le temps pour une raison : elles s’inspirent des gestes journaliers, comme celui du travail de la terre, et bien faites, ont plusieurs propriétés. C’est maintenant ancré dans ma conscience et dans mon corps ! En plus, ce type de postures stimulent samana et apana vayu, ce qui, je crois, me faisait sentir calme à la fin de la journée. Ce calme est fort probablement dû aussi au rapprochement avec les tattwas (cinq éléments), particulièrement ceux de la terre et de l’eau, stimulant le Kapha…  En plus d’avoir les mains dans la terre dans la journée, je marchais le soir au bord de la mer pour admirer les merveilleux couchers de soleil au Parc du Bic. Il y a de quoi calmer !

Quelques exemples de postures effectuées lors du jardinage

Quelques exemples de postures effectuées lors du jardinage

 

Mais surtout…

Ce que je retiens de cette expérience, en plus de l’aspect postural, sont aussi et surtout les inspirants échanges avec les personnes que j’ai rencontrées. Elle m’apparaissent être en union avec ce qu’elles font. Julie du Jardin de Julie est totalement passionnée par son travail. Chaque semence qu’elle exploite est pour elle une pierre précieuse et a sa personnalité propre. Elle pouvait me parler avec grand enthousiasme d’un type de courge et ses particularités, comme différents types de fraises, de kale et autres fruits et légumes qu’elle fait pousser pour le climat de l’est du Québec. C’est sans compter sa passion des savons. Vous pouvez d’ailleurs commander ses produits sur son site internet (voir plus bas). Du côté de Martin des Serres du Phénix, c’est son immense intérêt pour tout ce qu’il fait pousser. Il a débuté cette entreprise il y moins d’un an et déjà, il a près d’une centaine de clients dans les environs de Rimouski et le Bic, en plus de participer à des marchés publics. Surtout, ce qui importe le plus est de tout faire à la main, à bouts de bras. Même si la demande pour ses paniers continue d’augmenter, il ne veut pas introduire de machine dans ses serres pour produire toujours plus. Il préfère se limiter à un certain nombre de paniers, plutôt que de produire « en gros ». Il s’inspire entre autres des techniques développées en France au XVIIe siècle, tout en innovant. Il m’a aussi rappelé les merveilles de la nature : une seule petite semence crée à elle seule avec le temps nécessaire un arbre immense ou un fruit ou légume avec des particularités uniques, au gré des saisons. « Nature does not hurry, yet, everything is accomplished – Lao Tzu ». Aussi, il fait volontairement pousser plusieurs types de légumes très proches sur une même planche permettant ainsi, entre autres, d’éloigner les insectes et de créer un genre d’écosystème. Il m’a aussi précisé qu’il alternera la plantation dans ses planches aux deux ans sans quoi cet écosystème se verra fragiliser par, entre autres, des risques de contamination (Martin est le mieux placé pour expliquer cette technique… je tente de vulgariser!). Cela m’a rappelé qu’il est bon de varier mes expériences au fil des années et de toujours aller vers l’inconnu afin de me renouveler… Ou faire comme le Phénix, renaître souvent ! J’y voyais ici une belle métaphore…

Tous deux sont également très humbles dans leur travail: d’abord, le temps ne compte pas, ils travaillent sans relâche à leur passion, et réalisent multiples essais dans leur jardin. Le « on verra bien ce que cela va donner » est grandement mis en pratique. Le droit à l’erreur est permis, mais également et surtout celui de réaliser d’éventuelles belles surprises. D’ailleurs, Martin a réussi à faire pousser un melon d’eau au Bic… J’ai d’ailleurs eu le privilège d’en savourer un minuscule. Tout est possible pour lui ! Cela m’a rappelé qu’effectivement, tout est réalisable quand nous sommes en union avec ce que l’on fait… Et quand on croit et qu’on a la foi en ce que l’on fait, pour son bien et celui de l’humanité, toutes les conditions deviennent favorables pour la réalisation de notre projet. C’est pour moi cela aussi et surtout cela yoga. Et cela se trouve bien au-delà des postures.

Merci à Julie et Martin et leur famille pour leur accueil, leur confiance et leurs partages de leur passion durant ce cours séjours parmi eux. Il m’ont fait réaliser et rappeler bien des choses en si peu de temps…  le tout dans l’enracinement.

1 Pour en savoir plus sur le karma yoga, lire cet article.
2 Il y aura un atelier sur les flexions avant offert par l’École Satyam cet automne. Voir ici: atelier Satyam

 

Pour en savoir plus

 

Le Jardin de Julie

Les Serres du Phénix

Wwoofing Canada

Couchsurfing

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Julie Jignasa

Julie Jignasa

Julie Legault ou Jignasa est passionnée de yoga et est diplômée de L’École de Hatha yoga Satyam. Elle pratique le yoga depuis plus de 15 ans. Elle a séjourné dans des ashrams Satyananda en Australie, Nouvelle-Zélande et en Inde. C’est à ces endroits qu’elle fut initiée au style de vie « yogique » et qu’elle y a entre autres découvert le Kirtan, chant de dévotion, qu’elle pratique régulièrement. Elle enseigne le yoga chez Soham Yoga et en privé. Julie a aussi été agente de développement culturel à la Ville de Montréal pour le réseau Accès culture pendant 9 ans. Elle a fait des études universitaires en histoire de l’art, communication et muséologie. Tout comme le yoga, l’art est pour elle une façon de se connecter à soi, à sa nature profonde, de même qu’aux autres.
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