La boulimie des formations en yoga… pourquoi ?


Je viens tout juste de terminer une formation en yoga… Une autre. Depuis 2014, je les cumule les unes après les autres. À la suite d’une publication Facebook pour inviter des gens à être cobayes pour un examen en lien avec cette dernière formation, j’ai débuté cette réflexion au sujet de mon avide intérêt à suivre autant de formations en yoga. En fait, suite à ce geste, des gens avec qui j’avais déjà fait des formations me demandaient leur avis sur la formation que je venais de suivre. Qu’a-t-elle de plus que celles suivies précédemment ? Cela m’a amené à me poser ces questions : d’où me vient cet intérêt pour le yoga ? Quel est-il exactement ? Ai-je une boulimie de formations ? Je crois bon de partager ma réflexion à ce sujet, car je me rends compte que je ne suis pas la seule à avoir ce « symptôme », s’il en est un.

D’où vient cet intérêt pour le yoga ?

À l’ashram de Rocklyn, Australie, 2013

D’abord, je me suis demandé d’où venait cet intérêt pour le yoga… En fait, je réalise que ce n’est pas tant le yoga, mais plutôt la quête de ma personne et de la vie qui m’a amené au yoga. Toute jeune, j’ai toujours eu des réflexions existentielles et un désir profond de comprendre les choses essentielles… qui se poursuivent aujourd’hui. C’est pourquoi je crois avoir fait la rencontre du yoga. D’ailleurs, c’est en voyage que j’ai eu ma première importante rencontre avec le yoga. Le voyage était pour moi une façon d’être face à l’inconnu, de bousculer mes repères, de m’aider dans cette quête existentielle. J’ai donc beaucoup voyagé seule à cette fin… Toutefois, depuis l’année dernière, c’est le yoga qui me fait voyager. Maintenant, je prends l’avion pour parfaire mes connaissances de cette discipline.

Je réalise de plus en plus que le yoga est un outil majeur qui me permet de voir les multiples facettes de ma personnalité et l’observer telle qu’elle est en me basant sur ce que je trouve plutôt que sur ce que je cherche. Cela se trouve dans les postures, mais aussi dans la concentration, la méditation, les actions que je pose. C’est une hygiène de vie qui m’amène graduellement vers ma vérité profonde, vers ma nature profonde. À travers les formations que je fais, je découvre les outils pour le faire tout en laissant de plus en plus les choses refoulées émerger, même si ce n’est pas facile. J’ai plus d’outils pour les examiner, les laisser s’exposer. « Je pèle de plus en plus les couches de l’oignon, de mon oignon » comme se plaisait à me rappeler un swami rencontré dans un ashram en Australie.

L’enseigner, moi, vraiment ?

Je voulais surtout étudier le yoga. Je ne pensais pas l’enseigner. Je cherchais ainsi un endroit pour l’étudier, comme on le fait à l’Université, par exemple. On se spécialise dans un domaine (minimum trois ans) avant de l’enseigner, si on le souhaite. Même que par la suite, on obtient des diplômes pour bien enseigner. D’ailleurs, je me permets cette parenthèse : je ne comprends toujours pas qu’en Occident (mais aussi ailleurs en Orient…) la grande majorité des formations en yoga sont « professorales » et qu’elles varient de deux semaines à deux mois (sauf Iyengar par exemple, dont la formation s’étale entre 3 à 5 ans ou autres écoles qui propose au moins un an, comme j’ai fait). Comment peut-on enseigner cet art millénaire en l’étudiant seulement un mois ou deux ? Comment peut-on enseigner ce que nous venons tout juste d’apprendre, en si peu de temps ? Je ne veux pointer « personne », mais de mon côté, cela sort de mon entendement, de ma compréhension, encore aujourd’hui…

Grottes d’Ellora, Inde, 2011

Bref, je savais intuitivement que ce système englobe beaucoup plus de matière que seulement les postures, mais je ne savais pas où me tourner pour en savoir plus. J’ai reçu une initiation au yoga au Guatemala en 2000, mais je n’ai pas compris ce qui s’est passé à cet endroit car j’ai vécu une expérience indescriptible… À mon retour, j’ai plongé dans le rythme du « métro-boulot-dodo » pendant une décennie. C’est en 2010 que cette soif du « vrai » moi refait surface. Je vais alors en Inde pour visiter le pays avec une amie et rencontre un professeur qui m’ouvre à la psychologie du yoga. Par la suite, lors d’un voyage en 2013,  je me retrouve dans des ashrams en Nouvelle-Zélande et en Australie. C’est là que je découvre l’ampleur du yoga. Et je réalise alors que ce n’est que la pointe de l’iceberg. De là se révèle ma soif de toujours en savoir plus, mais dans une lignée cohérente, juste, non teintée par le « superciel ». À mon retour, je trouve les écoles et les personnes pour poursuivre cette quête, chez moi, à Montréal.

Finalement, après réflexions, j’ai décidé de me lancer dans l’enseignement il y a deux ans. Suis-je tombée dans cette « mode » d’enseigner le yoga, d’autant plus que si l’on recule des milliers d’années, le yoga s’enseignait de maître à élève ? On m’a toujours conseillé de connaître les véritables raisons qui nous poussent à faire les choses. Au fond de moi, je ne crois pas être dans cette mode, même si je me pose régulièrement la question, doute parfois de ce choix et me sens encore imposteur d’enseigner quelque chose de si ancien, sacré… En même temps, le yoga me fait découvrir tellement de choses en moi que j’ai décidé de partager mes humbles connaissances, tout en me donnant la chance de m’observer dans cette action… C’est d’ailleurs là qu’a débuté ma boulimie des formations. Je notais que je développais un réel intérêt et une appréciation de l’autre, que je veux vraiment aider, peu importe la condition des gens. Je trouvais donc qu’il me manquait des outils pour le faire, alors j’ai enchaîné, voire superposé, des formations. Par exemple, je veux bien guider une femme enceinte à mes cours. Je veux aussi orienter de façon juste les gens selon leurs pathologies. Ainsi, j’ai suivi des formations en yoga pré et post natal, en yoga et pathologies et en yoga thérapeutique que je viens tout juste de compléter. Je me sens de cette façon mieux outillée pour  soutenir les autres dans le yoga, au niveau « objectif/scientifique » (anatomie, alignement) et « intuitif » (émotionnelle, mentale, etc.), bien qu’à chaque formation, j’ai toujours ce sentiment de ne voir que la pointe de l’iceberg… Il y a tant à apprendre, à connaître, à savoir ! Aussi, et surtout, je fais ces formations pour moi : je me nourris de ces connaissances et découvre énormément de choses sur mon être à travers celles-ci.

Musée à Kanyakumari, Inde 2011

Je tiens compte en plus de ceci : j’ai envie de faire ces formations et j’ai le temps et les ressources financières pour le faire. Qu’en sera-t-il l’année prochaine ? Je n’en ai aucune idée… Puisque j’ai la chance d’avoir le temps et l’argent, je m’inscris. Il faut tout de même tenir compte de ces aspects ! Je me sens privilégiée de faire ces formations et en suis grandement reconnaissante.

J’apprécie aussi les formations car elles me permettent d’être en contact avec des gens qui ont sensiblement les mêmes intérêts et avec lesquels je peux échanger sur le sens de la vie… tout en ne se prenant pas trop au sérieux, quand même ! C’est beau et très nourrissant. Je me sens moins seule dans cette quête. Et j’apprends beaucoup de ces personnes.

Je me tourne vers des professeurs en qui j’ai confiance, qui sont humbles, vrais, honnêtes et très généreux de leur personne, du moins, à mes yeux. Je me sens privilégiée de croiser leur route. À ce sujet, mon instinct ne me trompe pas. Je me dirige où je dois aller… Et j’en suis certaine maintenant. J’ai rencontré des gens dans le monde du yoga qui avait des décennies de pratique dans leur valise. Je décelais toutefois assez rapidement que je ne devais pas leur donner ma confiance, à la suite de gestes et paroles me paraissant douteux. Il faut être vigilant dans ce milieu et faire confiance à sa voix intérieure, car après tout, le yoga nous permet de plus nous ouvrir et des gens peuvent en profiter pour des mauvaises raisons. Comme partout d’ailleurs

Après cette « boulimie »…

Mongolie, 2014

Je termine 2017 avec la fin d’une formation… Pour 2018, je choisis de décanter tous les précieux enseignements reçus, je pratique, j’assimile, je digère, j’intériorise, j’extériorise, je peaufine, j’affine, je réalise, je conscientise, j’analyse et je me responsabilise. Gros mandats !  Ma seule formation sera un voyage au Népal avec deux professeurs pour un mois et un rattrapage d’une formation. J’ai reçu tellement de beaux cadeaux que je veux maintenant en profiter. Je les déballe et les utilise pour moi, de même que dans mon enseignement, pour les autres. Je sais aussi maintenant que je n’en fais pas un «métier» (désolée, je ne trouve pas autres mots!) à plein temps. J’ai besoin de travailler dans le milieu culturel dans lequel j’évolue depuis près de 20 ans maintenant. Les artistes et les gens avec lesquels je travaille me nourrissent tellement de l’intérieur comme de l’extérieur avec leur créativité, leurs différentes visions de la vie, leur ouverture, leur curiosité, leur passion. J’ai également une boulimie de l’art, c’est certain !

Pour conclure, je réalise que de toute façon, je suis toujours en formation : chaque journée me permet de me former à plusieurs égards… ce n’est qu’un cercle continue. Je me forme au gré du temps, des saisons, des rencontres, des événements… tant que ma respiration sera active.

Merci à tous les précieux guides qui me permettent de mieux me rencontrer, de mieux partager, de m’épanouir, de m’assumer, de m’enraciner dans le yoga et dans l’art dans cet univers si vaste… et si petit à la fois.

Résumé de mon parcours dans le monde du yoga

– Enfant : la mère de ma meilleure amie
– 1999 – Sivananda – Val-Morin
– 2000 – Las Pyramides del Ka – Guatemala
– 2011 – Kaivalyam Retreat – Inde
– 2013 et 2017 Satyananda – Nouvelle-Zélande, Australie et Inde
– 2014 – 2015- 2016- 2017 – École Satyam – Montréal
– 2015 – Yoga Espace – Montréal
– 2015 – Soham Yoga – Montréal
– 2016 – 2017 – Frères Gundecha – Montréal
– 2016 – 2017 YogaSantéPlus

 

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Julie Jignasa

Julie Jignasa

Julie Legault ou Jignasa est passionnée de yoga et est diplômée de L’École de Hatha yoga Satyam, de Soham Yoga et de YogaSantéPlus. Elle pratique le yoga depuis plus de 15 ans. Elle a séjourné dans des ashrams Satyananda en Australie, Nouvelle-Zélande et en Inde. C’est à ces endroits qu’elle fut initiée au style de vie « yogique ». Elle enseigne le yoga chez Soham Yoga et en privé. Julie a également fait des études universitaires en histoire de l’art, communication et muséologie. Elle travaille également dans le milieu culturel. Tout comme le yoga, l’art est pour elle une façon de se connecter à soi, à sa nature profonde, de même qu’aux autres.
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  1. Oui bien d’accord avec ton commentaire sur la durée des formations de professeurs……….. Comment être un bon prof de yoga en quelques mois ?!? Cela ne rend pas service à la crédibilité de ce métier non plus.

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